“LE TÉLÉPRÉSIDENT”

Denis Muzet

Essai sur un pouvoir médiatique

Denis Muzet & François Jost,

Éditions de l’Aube, janvier 2008
Collection Monde en cours
180 pages – 16,50 €

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Le président de la République semble être partout, tout le temps. Et d’abord sur les petits écrans. Cette omniprésence fait de Nicolas Sarkozy un véritable Téléprésident, nouvelle figure de la communication politique, qui emprunte à la télévision sa vision du monde. Il en résulte un pouvoir médiatique, né de la rencontre d’un homme et d’un média qui est au cœur de nos vies. Comment en est-on arrivé là ? Est-on entré dans une nouvelle ère de la communication politique ? Quelles en sont les méthodes et vers quels horizons nous projette-t-elle ? Deux spécialistes de la communication s’interrogent sur les premiers mois de gouvernance de Nicolas Sarkozy. Ils décryptent, à travers leurs regards croisés, les ressorts, les réussites, mais aussi les dangers de ce qui marque une mutation radicale de notre démocratie.

Extrait du livre

Ce livre n’est pas un traité de communication politique. C’est un essai né de l’interrogation de deux spécialistes de la communication sur les premiers mois de gouvernance de Nicolas Sarkozy. L’omniprésence du président de la République dans les médias et, singulièrement, à la télévision, suscite en effet des questions auxquelles nous avons eu envie de répondre : la méthode est-elle nouvelle et doit-elle son succès à sa nouveauté, à la rupture qu’elle instaurerait avec le ou les quinquennats précédents ? Est-elle attachée à la personnalité d’un homme ? Comment en est-on arrivé à cette situation ? Et vers quels horizons nous projette-t-elle ?
S’il est d’usage de dire que l’élection d’un président est la rencontre d’un homme et d’un peuple, on pourrait dire du pouvoir médiatique qu’il est la rencontre d’un mode d’action et de communication avec les caractères propres du média qui les donne à voir. À l’ère médiatique, il ne suffit pas qu’une décision ou qu’un résultat soit bon, encore faut-il qu’il soit adapté au média qui va les communiquer. Les exemples ne manquent pas d’hommes politiques qui se sont heurtés à l’épreuve de la télévision : de Lionel Jospin, incapable d’engranger les bénéfices des résultats de sa politique en matière de chômage, à Jean-Pierre Raffarin, victime de sa gestion de la canicule de l’été 2003. Tout le monde s’accorde sur le fait que, sur ce point, la réussite de Nicolas Sarkozy est totale. Présent chaque jour dans tous les foyers par la vertu du petit écran, véritable téléprésident, il a tiré profit de cette présence continue. Pourquoi ? Est-ce une simple affaire de quantité ? Suffit-il de paraître beaucoup à la télévision pour être populaire ? Cette logique comptable n’est sûrement pas suffisante. Si Sarkozy est un téléprésident, ce n’est pas seulement parce qu’il est apparu plus qu’aucun autre avant lui sur les petits écrans, c’est surtout parce qu’il a choisi un mode de communication qui est en phase avec la télévision actuelle. Comment la communication présidentielle entre-t-elle en phase avec ce média ? Pour répondre à cette question, nous avons procédé en deux temps.
Dans la première partie, intitulée La Geste présidentielle, Denis Muzet cherche à comprendre la logique des apparitions médiatiques de ce téléprésident. Le fil rouge est le geste. Le geste, bien sûr, c’est d’abord un acte, un signe de mouvement, et c’est aussi, très vite, un symbole. Mais, s’agissant de Nicolas Sarkozy, plus que le geste, c’est la répétition des gestes et leur organisation en ce qu’on pourrait appeler une Geste présidentielle, qui produisent un récit donnant à voir et célébrant les actes de bravoure du héros, comme les «chansons de gestes » du Moyen-Âge.
Mais une telle stratégie n’a pu être mise en oeuvre sans que les esprits aient été préparés par une lente imprégnation médiatique. L’idée même de réalité a aujourd’hui profondément changé sous l’influence de ces émissions qui, depuis Loft Story, en ont fait leur fonds de commerce : le vécu, le quotidien, l’intime paraissent désormais plus vrais que toutes les explications abstraites, et ont fini par envahir la vie publique. Enfant de la télé, le téléprésident a su mieux que d’autres tirer profit de la vision du monde formée par ce média. Si sa communication a réussi, c’est qu’elle a su tirer les leçons de ce qu’est la télévision aujourd’hui. C’est ce que montre François Jost dans la deuxième partie, l’image présidente.
Au-delà du constat et de la compréhension des mécanismes de ce qui constitue une écriture médiatique inédite de l’action politique, cette rencontre du président et de la télévision n’est pas sans soulever de nombreuses questions. Qu’adviendra-t-il de la politique, si celle-ci est réduite à sa communication et si la beauté du geste, le geste télégénique, l’emporte sur les idées ? Qu’adviendra-t-il si toute pensée de l’action doit s’engouffrer dans sa capacité à devenir image ? Peut-on encore, dans ce contexte, faire la part de l’action et de sa communication ? Quelle attitude doivent avoir les médias par rapport à ce pouvoir qui tient sa légitimité de leur existence et de leur fonctionnement ? Est-on entré dans une ère nouvelle où la politique ne pourra plus se faire autrement ? Et bien d’autres questions encore, qui interrogent notre démocratie comme elles interrogent notre éthique face aux médias. Parce que les réponses sont complexes, comme la vérité, nous avons préféré les formuler au travers d’un dialogue, qui reste à poursuivre et à approfondir (un pouvoir médiatique).

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