La Mal info

Denis Muzet

Enquête sur des consommateurs de médias

Denis Muzet,

Editions de l’Aube, 2007
Collection Monde en cours
160 pages – 15 €

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Ce livre est le fruit d’une enquête conduite par L’Observatoire du Débat Public sur la façon dont les Français consomment l’information. Il montre comment l’individu cherche aujourd’hui à s’informer, moins pour comprendre le monde que pour calmer une peur permanente, dans un environnement qu’il perçoit de plus en plus anxiogène. À l’heure des médias omniprésents et de l’info en continu, le “médiaconsommateur” absorbe les nouvelles partout et tout le temps, au plus vite et au plus simple. Mais derrière l’abondance, il sent bien que ce qu’il ingurgite compulsivement ne suffit pas à le nourrir. On est entré dans l’ère de la “Mal Info”. Cet ouvrage traite des médias sous l’angle de leur consommation plutôt que sous celui de la production journalistique. Mais il ne s’arrête pas au diagnostic. Parce qu’il s’agit là d’un enjeu démocratique majeur, il vise aussi, en ouvrant quelques pistes, à repérer comment chacun de nous cherche à sortir de la “Mal Info”.

Table des matières

Prologue

I. La société médiatique

11 septembre 2001 : un rapport aux médias altéré
La dramaturgie du JT de 20 heures
L’imaginaire collectif du « champ de ruines » (avant la présidentielle de 2002)
Le recul du sentiment d’insécurité (après la présidentielle de 2002)
L’installation progressive d’un climat de menace planétaire

II. La mal info

S’informer : moins pour comprendre que pour être aux aguets
Dans la famille médias, chacun a sa place
À l’ère du fast news, l’info brève est plus crédible
Foire aux sens et lectures bricolées
La fin des médias de confiance

III. Pour sortir de la mal info

Prendre de la distance : le jeûne médiatique
Cultiver un domaine de spécialité : les médias jardins-terrasses
Renouer le lien avec le média : de la confiance à la connivence
Être son propre rédacteur en chef : un récepteur qui s’active
Coproduire l’info : be the media !
Conclusion. Stop à la mal info !
Notes

Extrait du livre

Page 52 – Le médiaconsommateur a franchi la barrière des espèces…

“Nous sommes entrés dans l’ère de la médiaconsommation. Le médiaconsommateur est un être à part, qui a franchi la barrière des espèces. Ce n’est ni seulement l’auditeur, ni seulement le téléspectateur, ni seulement le lecteur ou l’internaute, c’est tout cela à la fois. Successivement et, de plus en plus, simultanément. Le changement n’est pas seulement dans la densité de l’offre de produits, il est dans le comportement de l’utilisateur. La mutation n’est pas seulement technologique, elle est aussi ergonomique, mentale et comportementale. L’individu, désormais, fait plusieurs tâches en même temps, jonglant avec les sources : il parcourt le journal tout en ayant un œil sur la télé ; il écoute la radio tout en surfant sur l’internet ; il navigue sur le réseau tout en prenant connaissance des derniers messages électroniques qui s’affichent sur son mobile, etc. Et, à l’intérieur d’un même canal, il est de plus en plus fréquent que plusieurs tâches – deux, voire trois ou plus – lui soient proposées ou imposées : écouter et regarder le journaliste sur telle chaîne d’information continue, tout en lisant le bandeau déroulant au bas de l’écran qui égrène les dépêches; suivre le flash d’actualités sur tel canal thématique spécialisé dans la finance, tout en surveillant l’évolution des cours de bourse et en intégrant les informations sur les rachats ou les publications de résultats, au fur et à mesure qu’elles tombent, etc. À l’heure où les chaînes de télévision fleurissent par bouquets, où les kiosques débordent de journaux et de magazines, à l’heure où les portails internet se multiplient et où les blogs prolifèrent, comment expliquer une telle demande, une telle boulimie d’information ? Quelle est la nature de ce besoin, de cet appétit de connaissances ? À quelles motivations, à quelles logiques répondent-ils ?”

Page 57 – Être informé, c’est se faire vigie…

“Pour le petit habitant ballotté de ce vaste monde bouleversé, être informé, c’est se faire vigie. C’est être en alerte devant son poste de radio ou de télévision. Cela implique une certaine permanence, une forme d’assiduité ou tout au moins de continuité. L’information dite en continu précisément répond à cette nécessité de surveiller la montée du chaos global, d’évaluer le niveau – ainsi que la trajectoire – des menaces qu’encourt l’autre qui, bien que lointain, nous ressemble, et par ricochet nous-mêmes et nos proches. Menaces économiques et financières : savoir que quand l’indice Nikkei s’enrhume, le dollar ou l’euro tousse. Menaces terroristes : savoir qu’un attentat perpétré dans tel pays si loin, et pourtant si proche sur le petit écran du journal de 20 heures, pourrait nous impliquer en retour, selon une chaîne de répercussions dont seule la mondialisation – ou Al Qaida – a le secret, jusque dans le métro, comme à Londres l’été dernier. Menaces climatiques : savoir si la prochaine vague de chaleur, le prochain cyclone ou le prochain tsunami, produiront leurs effets dévastateurs jusque chez nous. Menaces sanitaires : savoir qu’un virus inconnu jusqu’alors des chercheurs – celui de la grippe du poulet par exemple – se propage à la surface du globe à la vitesse de l’avion (il paraît même qu’il voyage en première classe !) et qu’il est susceptible, après avoir atterri à l’aéroport de Roissy, cette gigantesque plate-forme de redistribution, de venir nous inquiéter jusque dans notre pavillon de la Marne ou de l’Ardèche…”

Page 119 – Les Français ne veulent plus de pouvoirs descendants, encore moins condescendants…

“Nous sommes arrivés précisément à ce point-là, à ce moment-là de notre histoire où, de plus en plus, non seulement le pouvoir médiatique doit s’attendre à être interrogé, critiqué, contesté, mais où il va devoir être partagé. Les Français ont appris à se méfier de leurs élites. Ils ne veulent plus de pouvoirs descendants, encore moins condescendants. Ils entendent exercer la plénitude des pouvoirs nouveaux qui leur sont aujourd’hui dévolus, dont l’accès à l’information que rend possible l’internet, ce gigantesque et puissant réseau horizontal, universel et gratuit, de diffusion de savoirs et de pédagogie. Ils entendent témoigner, prendre la parole, donner leur point de vue, transmettre leur propre expertise fondée sur le vécu et cette compétence intangible que donne l’expérience. Ils entendent dire leur mot, donner un conseil, faire des propositions, imaginer des solutions. Mus par un puissant désir de politique, au sens étymologique du terme, ils ne veulent plus seulement voter, ils veulent participer à la chose publique. Mieux, ils veulent être acteurs de leur destin. Ils veulent ni plus ni moins que « coproduire la société ».”

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