La Croyance et la Conviction

Denis Muzet

Les nouvelles armes du politique

Denis Muzet,

Editions de l’Aube, 2007
Collection Monde en cours
175 pages – 15,40 €

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Début 2007. Les candidats à l’élection présidentielle cherchent à entraîner et à convaincre. Tache difficile. Le lien entre les dirigeants et les citoyens s’est profondément détérioré ces dernières années. La parole politique sonne comme une langue étrangère, le véhicule de la confiance est en panne, l’angoisse d’un 21 avril bis omniprésente. Les politiques parlent et nous aimerions bien les croire, mais nous ne les écoutons qu’à moitié. Pourtant, quelque chose est en train de se passer. Une mutation s’opère dans la façon dont ils s’adressent à nous et peut-être aussi dans la manière dont nous les écoutons et les regardons. La conviction se met à emprunter d’autres chemins…

Fondé sur des enquêtes d’impact du discours politique inédites, ce livre est une contribution précieuse à la résolution de ce qui reste aujourd’hui une énigme : comment nos femmes et nos hommes politiques parviennent-ils à nous convaincre ? Y arriveront-ils ? Réussiront-ils à créer un nouveau pacte de confiance et à nous entraîner vers de nouveaux projets ? Ce livre est une aide à la compréhension et au décryptage des discours et des stratégies en œuvre dans la campagne présidentielle ; et, au-delà, un essai utile pour penser l’évolution de nos démocraties médiatiques.

Table des matières

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIELA CRISE DE CONFIANCE

Ch. 1 – L’ère du soupçon
Ch. 2 – Nous vivons dans une société médiatique
Ch. 3 – À l’heure de la “mal info”
Ch. 4 – La politique est une langue étrangère
Ch. 5 – L’Agir a remplacé le Faire

DEUXIÈME PARTIELE RETOUR DE LA CONVICTION

Ch. 1 – Les “gouvernants” 
Ch. 2 – Les “utopistes”
Ch. 3 – Les “acteurs globaux”
Ch. 4 – La croyance et la conviction

Extrait du livre

La politique, c’est la relation

Dimanche 26 novembre 2006. Ségolène Royal, salle de la Mutualité à Paris, devant les cadres dirigeants du Parti socialiste, prononce son discours d’investiture de candidate à l’élection présidentielle, un événement relayé en direct par les télévisions d’information. Un véritable “sacre”, pour reprendre la formule favorite que la presse a trouvée pour désigner celle qui n’est pas encore présidente mais qui, déjà, est reine. Heureuse d’être là, mais manifestement émue, d’une voix claire et assurée, elle lance : “vous m’avez donné de la force !”. Puis, s’adressant aux socialistes, à la gauche, et au-delà d’elle à tous les Français, elle les invite à l’aider à “tracer le chemin” et à “gravir la montagne”. Se voulant rassurante, comme une mère à l’égard de ses enfants – en témoigne un “n’ayons pas peur !” – elle délivre des paroles d’amour et d’harmonie : “aidons-nous les uns les autres à servir la France !”. La parabole abonde, la foi déborde. De star pour couvertures papier glacé des magazines people, la “dame blanche” s’est soudainement muée en Sainte. Le Politique est entré dans le Religieux. Il est devenu, que dis-je, il est redevenu une affaire de croyance.

Jeudi 30 novembre. La presse quotidienne régionale publie un bref entretien avec Nicolas Sarkozy, intitulé “pourquoi je suis candidat”. Le président de l’UMP doit s’exprimer le soir à la télévision, mais déjà il annonce : “j’ai l’ambition de créer une nouvelle relation avec les Français qui repose sur deux mots : confiance et respect, confiance en la parole donnée et respect de chaque Français pris individuellement.” Et quand on lui demande quel contenu il compte donner à cette nouvelle relation, il explique : “faire de la France le pays où « tout peut devenir possible ». Et cela pour tout le monde, mais d’abord pour ceux qui ont connu des épreuves, se sentent fragiles ou qui pensent que « rien n’est jamais pour eux »”. C’est ainsi. Nicolas Sarkozy a choisi, plutôt que de parler programme, de placer son engagement de candidat sur le terrain de la relation avec les Français, s’adressant non pas aux classes moyennes, à la jeunesse, aux salariés ou à toute autre catégorie sociale, mais à une catégorie psychologique : ceux qui souffrent ou qui ont souffert, ceux qui se sentent faibles ou qui se sentent exclus, autant dire 99,9 pour cent de la population… Pour une rupture, c’en est une ! Le premier flic de France, plaçant ses pas dans le sillage de sa concurrente socialiste, se met à parler comme un psy ! La politique désormais, ce n’est plus le contenu, c’est la relation. Avant de dire, éventuellement, ce qu’on va faire, il faut dire ce qu’on va être. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ne sont pas les seuls à opérer de la sorte. Ils sont les têtes de pont d’un mouvement beaucoup plus large qui touche l’ensemble de l’offre politique. S’opère sous nos yeux en ce moment une mutation dans la façon dont nos dirigeants, ou ceux qui aspirent à l’être, parlent et s’expriment, mutation qui affecte la démocratie en son cœur. Et, après des décennies d’exercice d’une méfiance exacerbée et quasi maladive des Français vis-à-vis de leurs responsables, voici que nos compatriotes, à l’occasion d’une campagne électorale majeure, se mettent petit à petit à les réentendre. Nous voudrions regarder et comprendre ce processus nouveau et décisif. Nous voudrions décrire cette mutation profonde qu’est en train de vivre notre vie politique, et notre vie publique tout court.

(…)

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